Aspen Europe-Afrique 2006

L’AFRIQUE : NOUVEAUX ACTEURS, NOUVEAUX PARTENARIATS
Compte-rendu de la VIIème Conférence Europe-Afrique
Edition 2006

Incontestablement, le paysage de la coopération internationale et de l’aide au développement a changé ces dernières années en Afrique. Ce continent suscite un regain d’intérêt de la part des pays du Nord. L’Europe, qui reste le premier bailleur de fonds du continent noir, fait plus que jamais de l’Afrique sa priorité, en décidant de renforcer notamment la conditionnalité politique de son partenariat à travers le dixième Fonds
Européen de Développement. Cependant, les partenaires potentiels de l’Afrique sont désormais plus nombreux : la Chine bien sûr, mais également l’Inde et d’autres pays émergents, sans oublier l’Afrique du Sud.

Des évolutions encourageantes

Sur le plan intérieur africain, peut-on parler de réelles inversions de tendances ? Les chiffres encourageants de la croissance économique – autour de 5,5% en moyenne sur le continent – ont bénéficié d’une inflation maîtrisée mais doivent être relativisés au regard du poids démographique que connaît et que connaîtra encore l’Afrique lors des prochaines décennies.

L’Etat de droit a progressé. Il y a incontestablement une mise en place de mécanismes d’une nouvelle gouvernance. Le déroulement réussi de processus d’élection et l’émergence d’une nouvelle génération de chefs d’Etat charismatiques placent certains pays sur la voie d’un renouveau.

Pour autant, les problèmes fondamentaux demeurent », en particulier sur les questions démographiques, l’évolution des campagnes et des villes, le morcellement du continent en Etats – avec tous les problèmes économiques et politiques qui en résultent – et la démocratie
reste très imparfaite.

Les flux migratoires dépendent des espoirs de développement

La plupart des économies africaines restent celles de petits pays vulnérables, exposés à une multitude de chocs – climatiques, politiques, économiques, etc. En dépit d’une accélération, les problèmes fondamentaux et structurels demeurent et les observations de la dernière décennie conduisent à un constat simple : la Chine a beaucoup changé ; l’Inde a beaucoup changé ; l’Afrique a changé, mais pas beaucoup. Il est donc nécessaire d’accélérer le développement.

Les problèmes comme celui des migrations dépendent fondamentalement des espoirs de développement que les Africains peuvent trouver en Afrique même. C’est ce qui les incitera à rester en Afrique ou à y revenir.

Des pistes pour avancer

Que faire et comment ? Les participants ont insisté sur les points suivants :

  • Les efforts en matière d’infrastructures doivent être poursuivis, en misant pour cela sur la dimension régionale, sous l’orchestration du NEPAD. Les obstacles inter-étatiques qui demeurent – délivrance de visas, développement du commerce intra-régional – devraientdans ce cadre enfin être levés.
  • Les secteurs sociaux, l’éducation de base et la santé, ne doivent pas pour autant être sacrifiés. Les dernières décennies, dont celles de l’ajustement structurel, ont laissé beaucoup de traces, conduisant au cours du temps à des changements de priorités sectorielles. Un savant équilibre doit être trouvé.
  •  Comme c’est désormais la règle partout dans le monde, une véritable économie de marché, avec une vraie libre-entreprise, doit être mise en place. Le climat des investissements doit être favorisé, à travers le respect d’une bonne gouvernance – non seulement étatique mais aussi privée – ainsi qu’à travers la mise en place de systèmes juridiques et comptables régionaux harmonisés.

Des moyens pour atteindre ces objectifs

  •  Il est en premier lieu nécessaire de prendre en compte le nouveau cadre d’analyse : l’aide publique au développement et le commerce international doivent être considérés conjointement.
  •  Une meilleure coordination des acteurs doit être organisée. Il faut désormais rassembler les pays émergents, nouveaux partenaires, et la nouvelle Europe, non plus celle à « ving tcinq plus un » mais celle qui s’exprime d’une seule voix depuis Bruxelles. Il faut également prendre en compte l’Europe très active des régions. Il faut enfin associer les acteurs privés, les flux privés étant supérieurs à ceux de l’aide publique, avec le rôle croissant d’opérateurs à vocation humanitaire comme les fondations.
    
  • Il convient aussi de veiller à la cohérence et à la coordination des agendas. L’Afrique vit sur le présent et les organisations internationales ont une vision à très court terme. Il existe de fortes carences au niveau des visions stratégiques à moyen et plus long termes des économies. Un effort de réflexion stratégique pour inscrire les activités dans un cadre à peu près cohérent au moins à moyen terme est nécessaire.
    
  • Sur le plan financier intérieur, les ressources doivent être mobilisées : amélioration de la collecte de l’épargne ; développement d’un système financier de qualité – afin de pas laisser sur le bord de la route les petites et moyennes entreprises, indispensables à la croissance et à l’emploi. Il faudrait également utiliser les possibilités offertes par la micro-finance et mieux drainer enfin les transferts des migrants.
    
  • L’essentiel reste l’homme et sa capacité d’entreprendre: il faut miser sur le riche potentiel que constituent les élites, celles présentes sur le sol africain et celles vivant à l’étranger, les diasporas constituant à cet égard un vivier dynamique prêt à s’investir dans un retour en Afrique. La mobilisation des talents doit être la préoccupation première des pays africains.
  • Trois conditions sont toutefois nécessaires à l’éclosion d’une nouvelle génération de leaders : l’éthique, car sans éthique il n’y a pas de développement ; la mise en place en amont de stratégies éducatives à long terme, notamment aux niveaux extrêmes, avec la restauration d’un système d’éducation de base et de gros efforts sur un enseignement supérieur privé performant ; enfin et surtout, tout mettre en oeuvre pour préserver le capital humain, en redonnant aux questions de santé – souvent négligées – leur juste place et en travaillant sur l’unification des politiques de santé en Afrique.

Les participants ont enfin insisté sur l’importance fondamentale de l’entrepreneuriat : l’Afrique a besoin que les entrepreneurs y soient à leur aise, qu’ils puissent développer leurs talents. Le développement est passé dans tous les pays par l’initiative individuelle et l’entreprise personnelle et c’est le chemin qui doit être suivi en Afrique. Souvent dénoncé, le dirigisme est toujours là : plans de long terme, interventions de l’Etat, etc… Chacun doit être à sa place : les Etats africains ont des missions suffisamment ambitieuses et mobilisatrices pour le pouvoir politique pour que celui-ci, tout en le contrôlant, puisse laisser sa place au secteur des entreprises.

En intégrant ces dimensions, les Africains doivent trouver une dynamique d’ambition, afin de créer un monde meilleur pour leurs enfants. C’est dans cette ambition que peut se situer l’avenir du continent.

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