RENCONTRE AVEC BERNARD BIGOT

Résumé du dîner du club QQFM avec Bernard Bigot (14 juin 2012), Administrateur général du Commissariat à l’Energie Atomique et aux Energies Alternatives, le 14 juin 2012, à Paris. Dans le cadre du thème annuel du club, « Le temps long et l’action ».

 Le CEA a été créé par ordonnance du Général de Gaulle pour « tirer le meilleur parti de l’atome dans le domaine de l’industrie, de la recherche, de la défense, et de la santé. » Avant guerre, l’atome est un domaine scientifique dans lequel d’éminents chercheurs français dont Pierre et Marie Curie et Henri Becquerel, se sont illustrés. Les premiers brevets sur l’atome sont pris par Frédéric Joliot-Curie en 1939.

En 1940, après l’armistice, Joliot-Curie envoie ses collaborateurs à Londres avec tous leurs documents et leur matériel, restant lui-même en France aux côtés de son épouse malade. Lorsque les Américains lancent le projet Manhattan pour mettre au point la première bombe atomique (bombe A), les Français sont marginalisés, principalement en raison de la présence en France de Joliot-Curie et de ses convictions politiques. En 1945, Joliot-Curie explique à de Gaulle que les Français maîtrisent la physique nucléaire et qu’ils parviendront à maîtriser aussi la technologie pour peu que l’Etat y consacre les moyens suffisants. De Gaulle accepte et le CEA est créé.

En 1948, le CEA conçoit et fabrique la première pile atomique. La fabrication de l’arme nucléaire nécessite des composants électroniques durcis spécifiques, que les Américains refusent de vendre aux Français. La France développe donc ces composants électroniques… et le CEA se retrouve deux ans plus tard avec, parmi son personnel, quelques 800 ingénieurs en électronique ! Ce qui donne lieu à la création de la branche électronique du CEA…

Aujourd’hui, le CEA emploie 16 000 personnes, dans 10 centres de recherche. Son financement (4,3 milliards d’euros) est assuré par l’Etat à 50%, le reste l’est par l’industrie, les collectivités locales et diverses agences de financement et de moyens. Le CEA possède les armes nucléaires de la France, les conçoit, les fabrique, les entretient, puis les recycle. Ces armes sont le pilier de la dissuasion nucléaire.

Le CEA exerce également une activité de surveillance permanente, via un réseau d’enregistrement de données, sismiques ou autres, sur toute la planète pour détecter toute activité dans le domaine nucléaire militaire. La France est le seul pays au monde avec les Etats-Unis à disposer de cet outil. Le CEA travaille également sur les énergies bas-carbone (nucléaire et énergies renouvelables), afin de diminuer la dépendance aux énergies fossiles. Il a aussi des activités dans le domaine des technologies de l’information et des technologies pour la santé, puisque l’atome peut aussi soigner et guérir.

Le temps long est une composante essentielle de l’activité scientifique. Découvrir prend du temps : il faut réunir des compétences et des moyens scientifiques, technologiques, financiers et travailler à l’acceptation sociétale et la diffusion de la connaissance. La science telle que nous la connaissons date de la Révolution française, époque à laquelle a été crée le système des brevets pour protéger les technologies et permettre leur exploitation exclusive pendant une période donnée. Au contraire, la connaissance scientifique est publiée pour être partagée et diffusée le plus largement possible.

Quelques éléments notés dans les Questions/Réponses :

  • En 1985, à la fin de la guerre froide, Reagan, Gorbatchev, Mitterrand et Tanaka (Premier Ministre japonais) sont réunis à Genève. Conséquence de la détente, ils s’accordent sur le fait qu’on pourrait réorienter vers les problématiques de l’énergie l’activité d’une grande partie desphysiciens qui ont consacré leurs efforts au développement des armes nucléaires. C’est le point de départ de la recherche civile sur la fusion. Trois centres de recherche sont créés simultanément en Amérique du Nord (San Diego), Europe (Munich) et au Japon (Naka). Pour atteindre la puissance de l’installation pilote sur laquelle les recherches sont effectuées, il est décidé de mettre en place une collaboration internationale pour construire ITER, un réacteur exploitant la fusion nucléaire, dont la construction est en cours à Cadarache en France.
  • Il y a aujourd’hui autant d’ingénieurs en Chine qu’Etats-Unis ; les projections prévoient qu’il y en aura trois fois plus d’ici dix ans ! En France, les ingénieurs se sont dirigés massivement vers la finance, d’où une perte réelle de compétences dans l’industrie et la recherche.
  • Par le passé, la transparence n’a pas toujours été de mise : exemple du nuage de Tchernobyl qui se serait arrêté à la frontière… ? C’est dans la tête de tous les français, mais en réalité aucun expert ni politique n’a jamais dit cela ! Après la catastrophe, le directeur du Service Central de Protection Contre les Rayons Ionisants, Pierre Pellerin, pense qu’il n’y a pas de danger sanitaire sauf dans le voisinage de l’Ukraine, et il en convainc son ministre de tutelle. Il passe au journal télévisé sur la première chaîne : le journaliste lui demande : « Nous n’avons pas pris les mêmes mesures que l’Allemagne, cela signifie donc que le nuage s’est arrêté à la frontière ? » A cette question, Pellerin ne répond rien ! Et le lendemain, dans la presse…
  • Si un plan d’investissement national de 100 milliards d’euros était décidé, la priorité des priorités serait l’énergie. La priorité devrait donc être d’investir dans un système de production énergétique qui mette la France à l’abri d’une dépendance énergétique. Ensuite, celle de mettre de l’intelligence dans les systèmes.
  • Nous viendrons à une Europe de l’énergie. Si un black-out paralysait l’Europe, cela nous permettrait de voie la réalité en face. Après l’accident nucléaire de Fukushima, les Japonais ont arrêté tous leurs réacteurs… Ils font fonctionner leurs groupes électrogènes de secours pour produire de l’électricité. La puissance du parc installé le permet, mais ce choix a en revanche un coût énorme, compris entre 10 et 15 milliards d’euros par mois. La balance commerciale du Japon est devenue déficitaire pour la première fois depuis 1980.

 
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