LE SYSTÈME FINANCIER SAURA-T-IL TIRER LES LEÇONS DE LA CRISE ?

Paris, 4 juin 2009

Débat entre Jacques Attali (PlaNet finance) et Jonathan Moulds (Merrill Lynch/Bank of America)

Pour savoir où vont l’économie et la finance mondiales, l’Institut Aspen France et le groupe Merrill Lynch/Bank of America ont invité deux acteurs à en débattre : l’écrivain Jacques Attali, président de PlaNet Finance et Jonathan Moulds, President, Europe, Middle East and Africa, du groupe né de la fusion Merrill Lynch/Bank of America.

Confronté à la gestion quotidienne des fonds qui lui sont confiés, Jonathan Moulds, président pour l’Europe, le Moyen Orient et l’Afrique du groupe Merrill Lynch/Bank of America parle en termes concrets : « Nous sommes à un moment-clé de l’histoire de la finance mondiale et devons tirer des leçons de cette crise » a-t-il dit lors d’un débat qui l’opposait à Jacques Attali, écrivain, ancien conseiller du président François Mitterrand, président de PlaNet finance, le 4 juin 2009, dans les salons de l’Automobile Club de Paris, place de la Concorde.

« Cette crise, a poursuivi M Moulds, montre la nécessité de davantage de transparence afin qu’il n’y ait plus un tel décalage entre les attentes et la réalité. Toutes les banques ont besoin d’exercer une plus grand discipline » a-t-il dit, assurant que son groupe s’y employait. Le banquier britannique redoute toutefois une ingérence des gouvernements. S’il appartient, selon lui, aux gouvernements de veiller à l’équilibre de la disponibilité du capital, les Etats ne doivent pas pour autant fausser la compétition. Pour lui, ni la gestion des marchés ni celle des banques ne relèvent des compétences des gouvernements. »

Provoquant comme à son habitude, Jacques Attali a répondu n’être « d’accord sur rien » de ce qu’a dit Jonathan Moulds. L’ancien sherpa de François Mitterrand a d’abord accusé les banques américaines d’être responsables de la crise. Celle-ci est composée de trois tsunamis, a-t-il dit : • la crise des crédits immobiliers que la classe moyenne ne peut pas rembourser • celle des cartes de crédit, tant l’endettement des ménages américains est grand • celle de l’immobiliser commercial, en chute libre. Ajoutant que la dette publique atteint partout des records, Jacques Attali s’est montré extrêmement pessimiste. : Qui va mettre l’argent nécessaire pour sortir de cette situation ? Les banques sont assurées contre les pertes, mais si les assureurs font faillite, où va-t-on ? Conclusion : pour lui, l’Etat va devoir mettre la main à la poche et de l’argent public ira à Wall Street. Le plus sage, estime-t-il, serait de fonder l’activité sur des rendements raisonnables, avec des taux d’intérêt bas, mais qui est prêt à adopter cette attitude suicidaire ? Dernier argument : on parle de contrôles mais pour le moment « on ne voit rien venir »

Jonathan Moulds a concédé qu’il allait falloir accepter que le système bancaire ne soit plus aussi rentable que ces dernières années. Mais il s’est montré confiant, assurant que l’industrie financière sortirait renforcée de la crise. Il s’est inquiété d’un refus de prendre des risques. Pour lui, une meilleure distribution des risques n’est pas l’élimination des risques. Il faut créer de nouvelles règles contraignant les banques à rendre des comptes. Tout le monde a intérêt à une normalisation du système, a-t-il résumé.

Les deux hommes sont tombés d’accord sur un point : peu de choses changeront à la suite de cette crise. « L’Occident fatigué tente de maintenir le statu quo » a conclu Jacques Attali.

 
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