BRUNO LE MAIRE SOUHAITE UNE EUROPE PLUS FORTE

Où en est l’Europe ? Pour répondre à cette question, l’Institut Aspen France avait invité Bruno Le Maire, secrétaire d’Etat aux affaires européennes, mardi 14 mai, à l’issue de l’assemblée générale de l’association.

 Pour Bruno Le Maire, si l’Europe sait agir par temps calme, elle n’est pas armée pour faire face à une crise comme celle que nous traversons.

« Nous savons tous que la hiérarchie des puissances ne sera plus la même au sortir de cette crise. Déjà l’existence d’un G20 fait que certains pays ont une nouvelle influence. C’est le cas de la Chine, du Brésil, de l’Inde ou de l’Afrique du Sud. Aujourd’hui, l’Europe doit choisir : être seulement un espace de libre-échange ou bien une force politique qui puisse défendre ses intérêts et ses valeurs dans le monde de demain. Concrètement, ceci signifie qu’elle cherche à mettre en place une régulation financière, une politique de développement durable, qu’elle devienne une force politique capable d’entrainer des grands pays ».

Cette question décisive aux yeux de Bruno Le Maire, va se jouer dans les quelques années qui viennent : « La puissance se gagne lentement et se perd très rapidement » dit-il. Il faut que certains Etats prennent le leadership comme l’ont fait le président Nicolas Sarkozy et la chancelière Angela Merkel pour maintenir l’unité européenne.

Des élections qui mobilisent peu

Evoquant les élections européennes, qui ne semblent pas passionner les Français, Bruno Le Maire a regretté que les enjeux ne soient pas mieux expliqués. Il a déploré que certaines formations politiques refusent le débat européen et tentent de transformer cette consultation en un scrutin à portée purement nationale.

Le secrétaire d’Etat a concédé que ces élections au Parlement Européen n’avaient pas le même poids politique que celle des députés à l’Assemblée Nationale. En outre, le Parlement Européen ne dispose pas de tout le pouvoir législatif au niveau européen, puisqu’il le partage avec la Commission et avec le Conseil.

Bruno Le Maire reconnaît que les dirigeants politiques portent une part de responsabilité dans cette désaffection du public : à force de rejeter la faute sur Bruxelles, les hommes politiques français ont créé une certaine distance vis à vis de l’Europe. Les exemples sont légion de réalisations cofinancées par l‘Europe mais dont le citoyen français ne sait rien, car les élus se gardent de mettre en valeur la part, souvent importante, de financement européen, préférant mettre en avant leur propre contribution !

Le secrétaire d’Etat s’est pourtant dit « raisonnablement optimiste », expliquant avoir constaté lors des meetings de campagne combien les citoyens étaient en attente d’une Europe forte, pour eux « le seul avenir collectif qu’ils puissent envisager ».

Un « moment européen » décisif

L149xH150_L149xH150_Copyrigh_Rue89-248ac-f11f8Pour Bruno Le Maire, nous avons atteint un « moment européen » où tout peut basculer d’un côté comme de l’autre : on peut en revenir à l’immobilisme, car l’intergouvernemental ne suffit pas, il est essentiel mais non suffisant. Il faut une Commission forte, politique, un président fort, des commissaires forts. Pour lui, tout est lié : si on arrive à avoir des représentants forts, on aura une politique européenne forte. Aujourd’hui chacun sait que l‘on vote pour des visages et en France, on ne connaît pas les visages des députés européens.

Le risque, lorsque les responsables politiques n’ont pas de convictions fortes, est que l’administration garde le pouvoir et que rien n’avance.

Elargissement ou approfondissement

Le secrétaire d’Etat a aussi mis en garde contre le repli sur soi : la porte de l’Europe doit rester ouverte. L’Europe a recréé une unité historique. Il faut la sauvegarder à tout prix.

Pour autant, pour Bruno Le Maire, l’Union européenne ne peut pas avoir deux projets politiques, l’élargissement et la constitution de l’Europe en véritable force politique. On ne peut pas faire les deux à la fois.

Evoquant la Turquie, le secrétaire d’Etat explique : « Le projet de construction européenne n’est pas seulement un projet révolutionnaire, c’est notre projet. Nous voulons qu’il le reste. Or, si la Turquie devient membre, elle devient le pays le plus puissant, celui qui pèsera le plus sur l’avenir de l’Europe. L’avenir risquerait alors de nous échapper ».

 
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