RENCONTRE AVEC JEAN PISANI-FERRY

Dîner du club QQFM avec M. Jean Pisani-Ferry, économiste, directeur du think tank Brügel, le 14 février 2012, à Paris. Dans le cadre du thème annuel du club (« le temps long et l’action »).

 Dernier ouvrage publié par Jean Pisani-Ferry : Le réveil des démons : La crise de l’euro et comment nous en sortir(Fayard, novembre 2011).

L’idée d’une monnaie unique remonte aux années 70. Le projet se construit dans les années 80 et commence à produire ses effets dans les années 90. Une décennie s’écoule encore entre la ratification du traité conduisant à la création de l’euro et la mise en place effective de la monnaie européenne en 2002. 2012 marque le premier « moment de vérité » pour l’euro… Mais la monnaie européenne ne crée rien en elle-même, elle ne contribue pas à la construction d’un projet de société, ni à un projet politique. L’euro crée de la commodité mais pas nécessairement de la communauté.

La construction de l’euro a été conçue pour être éternelle : il existe une clause de sortie de l’UE mais aucune clause de sortie de l’euro ! De manière paradoxale, de fortes contraintes à court-terme ont été mises en place, sans réelles contraintes à long-terme. Le système impose aux décideurs des contraintes qui échappent à leur temps caractéristique. Exemple de l’Espagne qui avait réussi sa croissance économique ; la baisse des taux d’intérêt a conduit a un surinvestissement immobilier. Les fragilités du système avaient été identifiées mais étaient politiquement « invendables » : lorsque le Ministre des Finances a proposé de taxer les crédits hypothécaires, toute la société a bloqué. La correction des erreurs politiques est très lente. Exemple de la Grèce, dont la priorité est désormais la compétitivité, ce qui n’était pas le cas il y a seulement deux ans. Exemples de la France et de l’Allemagne : en 1998, la France connaissait un excédent commercial alors que l’Allemagne était déficitaire. Une décennie plus tard, les choses se sont inversées. Mais qui peut/veut supporter deux mandatures d’efforts pour recouvrer la compétitivité ?

L’introduction de nouvelles règles budgétaires est discutée dans les nouveaux traités en cours d’élaboration. Les Allemands pensent que la contrainte budgétaire doit être le levier privilégié pour que les Etats accomplissent les réformes structurelles indispensables pour améliorer leur économie.

L’exemple britannique est peut-être plus intéressant : séparation de la prévision économique et budgétaire d’une part, et du pouvoir exécutif d’autre part. Politiquement, c’est un geste fort. Le gouvernement garde toute latitude pour mettre en œuvre la politique qu’il souhaite mais il doit être transparent et doit confronter ses propres hypothèses avec celles établies de manière indépendante par les experts techniques de la prévision.

Quelques éléments notés dans les Questions/Réponses :

- Les conditions dans lesquelles les institutions politiques sont nées aux Etats-Unis sont très instructives. Le coût de la dette issue de la guerre d’indépendance a finalement été mutualisé entre le Nord et le Sud, en échange du déplacement de la capitale du pays au Sud, à Washington. La crise peut donc produire de l’intégration, ce qui n’était pas anticipé au départ.

- Une date est importante dans la crise de l’euro. Le 17 août 2011, la FED adresse un avertissement aux acteurs de marché aux Etats-Unis et les met en garde contre le risque de défaut des filiales des banques européennes. En Allemagne la Bundesbank convoque tous les banquiers européens et interdit aux banques étrangères de rapatrier les capitaux de leurs filiales allemandes.

- Les systèmes d’union régionale continueront à se développer mais certains pays ne rentreront pas dans une logique régionale, le Brésil et l’Inde par exemple. A cet égard, le G20 constitue une tentative intéressante. La dynamique du G20 est montée très haut et est en train de redescendre. Mais des choses ont été accomplies dans le cadre du G20 qui ne l’auraient pas été autrement. Le système de gouvernance mondiale doit rester fondé sur des institutions spécialisées.

- Les bulles financières technologiques ont quelque chose de paradoxal, en particulier lorsqu’on les met en perspective avec les technologies qu’elles financent. Les technologies tirent profit des bulles parce que cela leur permet de se développer et de progresser de manière beaucoup plus rapide. Une bulle immobilière est en revanche purement destructrice de valeur.

 
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