RENCONTRE AVEC GUILLAUME POITRINAL

Résumé du dîner du club QQFM avec Guillaume Poitrinal, Président-Directeur Général d’Unibail-Rodamco, le 22 avril 2013 à Paris, dans le cadre du thème annuel du club (« le temps et l’action »).

 Guillaume Poitrinal, Président-Directeur Général d’Unibail-Rodamco, est l’auteur de Plus vite ! La France malade de son temps (Grasset, 2012).

A travers ses activités chez Unibail-Rodamco, Guillaume Poitrinal a pris conscience que son entreprise mettait beaucoup plus de temps à développer des projets en France que dans les autres pays européens, et que cette tendance allait en s’aggravant. Il a d’autre part remarqué que les économistes était obsédés par ce qui figure au numérateur des indicateurs annuels (PIB, investissements, R&D, indicateurs pour l’éducation, etc.) mais jamais par le dénominateur : le temps. Il rappelle dans son ouvrage que « si la France produisait en 355 jours ce qu’elle réalise en 365, elle augmenterait sa croissance de 3% ».

La France souffre d’une double peine. D’une part, un fardeau bureaucratique préalable à toute action économique (dans l’immobilier par exemple, il s’agit de toutes les démarches devant intervenir avant le dépôt du permis de construire) ; d’autre part, une fois l’action initiée, les procédures judiciaires particulièrement fournies et longues (dans l’immobilier, dans le cas le plus défavorables, trois étapes successives : première instance, cour administrative d’appel, Conseil d’Etat). Une justice à la fois très ouverte et éminemment lente.

La Justice en France s’est déconnectée de la gestion du temps. Elle n’est en cela pas aidée par le législateur, qui nourrit la bureaucratie préalable : en 1992, le code de l’urbanisme comptait mille deux cents pages ; en 2013, trois mille pages. On assiste à un processus d’empilement et de sédimentation des textes législatifs : aucune loi n’est supprimée, le droit est sans cesse rendu plus complexe par la création de nouvelles lois. Décentralisation aidant, toutes les collectivités territoriales sont responsables de tout.

Enfin, toutes les tâches doivent être faites en série, rien ne peut être fait en parallèle. Conséquences de cette complexité administrative et de cette lenteur : crise du logement, absence de recettes fiscales, etc.

Pourquoi en sommes-nous arrivés là ? Il existe en France une prétendue « philosophie de la lenteur » ; de plus, la France se sentant décliner, tente de retarder au maximum les échéances douloureuses : plus longue sera la chute… La France a plus de bonnes choses à perdre que de terrain à conquérir. Il existe certes des forces de ralentissement dans la sphère publique mais il en existe aussi dans la sphère privée : une quantité d’entreprises se retrouvent en position de rente, protégées par cette lenteur et cette complexité administrative, et ne veulent surtout pas voir de PME se développer autour d’elles, ni la compétition se renforcer. Il est primordial de prendre conscience du coût du temps perdu.

L’exemple de la tour Phare à la Défense est éloquent : le jour même où la première grue arrive, l’Etat récupère directement 72 millions d’euros ; la Justice pourrait donc consacrer à cette question un peu plus qu’un quarantième de juge administratif…

Quelques points soulevés au cours des échanges ayant suivi l’exposé

• l’Etat s’est dissous à sa base dans les collectivités locales et, à son sommet, dans l’Union Européenne. Il n’en reste pas moins que la France est toujours à la traîne pour tout par rapport aux autres états membres qui lui sont comparables. Exemple d’Urgo, qui vend son pansement cicatrisant partout sauf en France où il n’a pas encore reçu l’agrément de commercialisation !

• La solution s’imposera d’elle-même. Avec 600 000 chômeurs de plus, la France ne pourra plus financer ses dépenses sociales et, d’ici cinq ans, n’aura d’autre choix que celui de créer de l’emploi. Nous sommes aujourd’hui dépendants de deux drogues : d’une part, de taux d’intérêt artificiellement bas qui, pour des raisons exogènes, ne le resteront pas éternellement ; d’autre part, de l’illusion selon laquelle la croissance américaine reviendra sauver l’Europe – ce qui ne sera vraisemblablement pas le cas.

• La France ira chercher son chèque en Allemagne, qui posera ses conditions.

Quelques exemples où des progrès manifestes sont possibles :

o Le coût du travail : comparaison du ratio entre « super brut » (coût total employeur) et « super net » (rémunération nette d’impôt pour le salarié), qui atteint 2 en France contre 1,8 en Allemagne.

o La fiscalité des entreprises : création du CICE, qui ne rapporte rien à la fin du mois mais permet d’obtenir un escompte auprès d’OSEO et qui de ce fait est totalement inopérant pour les entreprises.

L’exemple du « super brut » et du « super net » est symptomatique. Ces réalités n’ont pas d’existence sémantique en français : or, on ne connaît que ce que l’on peut nommer. Il existe donc en France une réelle difficulté à se saisir de cette réalité. La France vue par un Allemand : « la maladie de la France, c’est celle de De Gaulle et de sa certaine idée de la France : le refus de voir la réalité. »

• Les Etats-Unis et la Suède sont deux excellents exemples de deux systèmes très différents qui fonctionnent bien. Dans l’immobilier, on obtient aux Etats-Unis très rapidement le permis de construire, puis on est ensuite confronté à la justice. En comparaison avec la France, il n’y a là qu’une simple peine. En Suède, le permis est obtenu après une longue concertation fondée sur le consensus mais ensuite le temps judiciaire est très court : les possibilités de recours sont très limitées, un seul appel du jugement est possible, etc. Il faut environ 8 ans en Suède pour construire un centre commercial, 4 à 9 ans aux Etats-Unis, 15 ans en France.

• Sur la double peine française (culture du contentieux administratif et inflation judiciaire), s’il fallait n’en choisir qu’une, le plus simple à mettre en œuvre est certainement du côté de la Justice, car sans doute plus maniable. Dans le temps préalable, tout peut être conservé et tout peut être fait, à condition que toutes les tâches puissent être conduites en parallèle.

• Les centres commerciaux ne sont plus conçus comme ceux des années 70. A l’image de la stratégie marketing d’Apple, la consommation immatérielle est en forte croissance. Les univers sont de plus en plus soignés, le design occupe une place prépondérante, les atmosphères sont très travaillées. Unibail-Rodamco se soucie désormais plus des gens qui fréquenteront les centres commerciaux que des enseignes elles-mêmes.

 
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