RENCONTRE AVEC PIERRE FEILLET

Dandizan, 18 mars 2009

Rencontre avec Pierre Feillet, Directeur de recherche émérite à l’INRA, membre de l’Académie des technologies, membre de l’Académie d’agriculture

Que mangerons-nous dans 10, 20 ou 30 ans ?  Selon toute vraisemblance, le contenu technologique et réglementaire de nos aliments auragraph profondément changé du champ jusqu’à la cuisine ; en revanche, dans nos assiettes, tout semblera identique au passé, tant l’alimentation aime à valoriser la tradition et à cacher l’innovation. Voici les principaux facteurs de changement.

Les ruptures technologiques

Les progrès du génie génétique, des nanotechnologies et de la neurophysiologie vont changer le contenu de nos aliments. On produit d’ores et déjà des levures, bactéries et

champignons génétiquement modifiés pour fabriquer toute la gamme des fromages ; on pourrait, selon le même principe, « fabriquer » la saveur du vin ou celle du lait, indépendamment de la qualité de la matière première de base, raisin ou lait brut. On peut aussi incorporer des arômes ou des nutriments dans des nano-capsules intégrées à nos aliments. Voici ce que ceci peut devenir : à table, en plus de la salière et du poivrier, on trouvera de petits pulvérisateurs à la disposition de chaque convive pour ajouter arômes et saveurs dans les assiettes. On remplacera le beurre sur une tartine par des substituts moléculaires (éventuellement pulvérisables) qui produiront les mêmes sensations d’onctuosité, avec les calories en moins. Pour lutter contre l’obésité, on pourra introduire dans les aliments des peptides nano-encapsulés qui déclencheront la sensation de satiété. L’étiquetage des produits sera quant à lui bouleversé par l’arrivée massive des puces RFID : les consommateurs seront équipés de lecteurs, paramétrés avec leurs goûts et éventuellement leurs interdits alimentaires (allergies, etc) qui leur diront s’ils peuvent acheter tel produit.

Les pouvoirs publics et la réglementation

Au motif de la santé publique, les messages incitatifs d’aujourd’hui (cinq fruits et légumes par jour, pas plus d’un verre de vin, etc.) pourraient devenir plus contraignants. On peut imaginer que chaque individu fasse l’objet d’un bilan nutritionnel, dont on tirerait des normes alimentaires, enregistrées sur une carte « Vitaliment », dont le médecin traitant devrait vérifier le respect sous peine de non-remboursement par la sécurité sociale des pathologies induites. Plus classiquement, on peut aussi parier sur une taxation des aliments trop gras, trop salés, trop sucrés (la « taxe croissant » !).

La préoccupation environnementale

Un adulte consomme en moyenne 2.200 kCal par jour dans les pays développés (l’équivalent d’une lampe de 100 watts allumée toute la journée). Sachant qu’il faut en moyenne 10 calories d’énergie, tout au long de la chaîne de valeur, pour produire 1 calorie alimentaire, si tout le monde mangeait comme nous, nous consommerions 5 gigatep d’énergie rien que pour nous nourrir, soit près des deux tiers des 8 à 9 gigatep de la consommation énergétique mondiale totale. C’est impossible. Nous allons donc devoir apprendre à manger d’une manière plus économe en énergie : moins de viande, moins de fruits de contre-saison, moins de pertes tout au long de la chaîne (production, stockage, distribution, consommation finale).

Confort, plaisir et sécurité du consommateur

La cuisson-extrusion pour donner la texture légère et craquante, l’isomérisation enzymatique pour améliorer le pouvoir sucrant, le chauffage ohmique, etc : les techniques de préparation des aliments évoluent sans cesse pour satisfaire les goûts des consommateurs. Avec pour limites les peurs, parfois irrationnelles, qu’elles suscitent (cf. l’ionisation, technique de traitement par radiation pour éliminer les contaminations par micro-organismes, qui suscita un rejet complet par assimilation avec la radioactivité) et les représentations émotionnelles, souvent sans fondement scientifique, qui entourent l’alimentation (par exemple, il y a plus de vitamines dans des haricots en boîte que dans des haricots frais achetés sur le marché, car les premiers n’ont passé que quelques heures du champ à la boîte et les seconds plusieurs jours de la cueillette à notre assiette).

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