S.E. Kong Quan, ambassadeur de Chine en France, s’est rendu à Lyon jeudi 10 septembre 2009 à l’invitation de l’Institut Aspen France. Cette visite permettait de renouer les liens après l’annulation du sommet Union européenne-Chine, qui devait avoir lieu à Lyon sous présidence française de l’Union européenne le 1er décembre 2008, mais fut annulé sur fond d’incident diplomatique. Près de 80 personnes ont participé au dîner débat avec l’ambassadeur, accueilli à l’Hôtel du Département par Michel Mercier, président du conseil général du Rhône et ministre de l’espace rural et de l’aménagement du territoire.

L’Institut Aspen France avait demandé à l’ambassadeur de s’exprimer sur la manière dont la Chine traverse la crise économique actuelle. Fin connaisseur de notre pays, dans lequel il a séjourné à trois reprises (comme élève du cycle étranger de l’ENA en 1984-1985, comme conseiller puis ministre conseiller à l’ambassade de 1996 à 1999, enfin comme ambassadeur depuis mars 2008), l’ambassadeur s’est exprimé de manière très ouverte et dans un français parfait.

Il a tout d’abord décrit le sévère impact de la crise sur la Chine : chute de 22% de l’exportation pour les six premiers mois de cette année ; ralentissement de 4 point du taux de croissance de l’économie nationale, hausse du chômage, avec plus de 10 millions de travailleurs migrants qui ont été obligés de retourner à la campagne. Il a ensuite dressé le tableau des atouts et des handicaps de la Chine pour faire face à la situation : d’un côté « des ressources humaines riches, bon marché et qualifiées, un niveau peu élevé de la dette publique », de l’autre « des distorsions entre l’investissement et la consommation, l’insuffisance du secteur tertiaire et de l’innovation, des institutions financières inadaptées au développement économique. »

Au total, l’ambassadeur a parlé d’une « situation extrêmement préoccupante » avant d’exposer les quatre grandes lignes de mesures qui ont été prises par le gouvernement chinois depuis la fin 2008 :
- Augmentation des dépenses publiques, notamment pour améliorer le système de santé ;
- Stimulation de la consommation domestique par le soutien aux couches sociales les plus défavorisées et au monde rural ;
- Renforcement de l’agriculture et des infrastructures en milieu rural ;
- Enfin poursuite des réformes structurelles, avec notamment un plan de développement des nouvelles technologies (industries vertes, notamment). Ces mesures devraient permettre à la Chine de remplir son objectif de croissance pour 2009 (+8%).

Au-delà de cette relance à court terme, l’ambassadeur n’a pas caché les difficultés et défis qui se présentent devant les dirigeants chinois pour l’avenir : dépendance excessive de la Chine à l’égard des exportations, déséquilibre entre régions urbaines et rurales, entre riches et pauvres, défi de l’emploi (« chaque année, 20 millions de nouveaux demandeurs d’emploi »), et dégradation de l’environnement.

Au cours du débat avec les participants à cette soirée, l’ambassadeur a notamment été interrogé sur la position de la Chine dans les négociations internationales sur le réchauffement climatique, sur les perspectives d’évolution des parités monétaires entre le yuan et le dollar, sur la politique du gouvernement chinois en matière d’innovation et de propriété intellectuelle, sur la coopération décentralisée entre Rhône-Alpes et le Sichuan. Il a par ailleurs chaleureusement félicité la région Rhône-Alpes pour sa participation à l’exposition universelle de Shanghai en 2010.