Une rencontre sur l’avenir de la régulation financière a eu lieu mardi 3 avril 2012 à Paris (Maison de l’Amérique latine). Les débats, animés par Edouard Tétreau (analyste financier, professeur à HEC et essayiste), ont réuni Jean-Pierre Jouyet, Président d’Aspen France et Président de l’Autorité des Marchés Financiers (AMF), Michel Pébereau, Président d’honneur d’Aspen France et de BNP Paribas, et James Purnell, ancien ministre de l’emploi et des retraites du gouvernement de Gordon Brown au Royaume-Uni, aujourd’hui membre du think tank Demos.

La rencontre a permis de faire le point sur les avancées réalisées en termes de régulation financière internationale, sur le rôle des marchés et des établissements financiers pour le financement des économies, ainsi que sur les obstacles et les leviers d’une régulation forte, efficace et partagée. Le débat a permis de trouver des points de convergence entre les participants sur la réactivité des institutions, en particulier européennes, y compris au niveau le plus politique. Mais l’universalité des nouvelles régulations a soulevé des débats critiques, avec des zones qui restent malheureusement en retrait des pratiques européennes. Les échanges ont été animés sur la question de la séparation des banques de détail et des banques d’investissement, à la suite du rapport Vickers. Les échanges avec la salle (en particulier avec Gaël Giraud et Cyril Benoit), ont porté également sur l’éthique de la finance, les normes prudentielles et les moyens de mettre les compétences de la finance au service de l’économie et de la société.

Jean-Pierre Jouyet a souligné le « décalage entre la financiarisation de l’économie et l’économie réelle », en rappelant qu’avant la crise, on ne parlait pas en profondeur des sujets qui allaient éclater en septembre 2008. Le décalage entre les outils politiques et la réalité financière demeure aujourd’hui une réalité. Cependant, depuis 2008, on a fait des progrès dans le cadre notamment du G20, avec le Conseil de stabilité financière qui a permis d’instaurer un dialogue politique multilatéral sur les enjeux financiers, mais aussi au niveau de l’Europe avec de nouvelles autorités de surveillance financière européenne (respectivement pour la banque, l’assurance et les marchés), plus un comité du risque systémique. « On est parti d’une absence de règles à un foisonnement aujourd’hui », a souligné Jean-Pierre Jouyet, ajoutant que la panoplie n’était « pas suffisamment complète », notamment sur l’organisation des marchés (la moitié des transactions ne sont pas portées à la connaissance des régulateurs).

James Purnell a souligné que la Grande-Bretagne, contrairement à certaines idées reçues était favorable à une plus grande régulation financière (renforcement de « Bâle 3 », augmentation des fonds propres des banques, séparation entre banques de détail et banque d’investissement, limite des garanties publiques aux banques de détail). « Nous sommes de vrais amis sur le thème de régulation des marchés financiers » (James Purnell).

Pour Michel Pébereau, s’il faut traiter à la fois les déséquilibres mondiaux et les règles comptables, on aurait tort de penser que la crise de la dette souveraine européenne est de même nature que la crise financière américaine. Il a souligné que la crise était partie d’un « sous-compartiment du système bancaire américain » et qu’elle renvoyait donc à de profonds déséquilibres macro-économiques américains. « Les régulateurs américains (Fed, SEC), n’ont pas fait leur travail », a-t-il ajouté en insistant sur les dangers de la théorie du « tout-marché » ayant entraîné une « illusion de la liquidité » extrêmement risquée pour les entreprises, les banques et l’économie dans son ensemble. L’adoption du dogme de la « valeur instantanée de marché » (« full fair market value »), a entraîné une vision de court-terme et a fait énormément de dégâts.

« La valeur instantanée de marché ne s’applique pas aux entrepreneurs, il faut prendre en compte la durée des investissements » (Michel Pébereau). En ce qui concerne la France, Michel Pébereau a souligné qu’il n’y avait « rien de plus urgent que de réduire les 1700 milliards de dette publique en valeur absolue ». Si la Banque centrale européenne a rétabli la confiance dans la liquidité européenne, elle ne doit pas pour autant monétiser la dette. Priorité, donc, à l’application du pacte de stabilité et de croissance.

Michel Pébereau a souligné que les quatre principales banques françaises n’étaient pas sous-capitalisées et que les banques françaises, loin d’utiliser l’argent des déposants pour faire de la spéculation, n’avaient pas cessé de financer l’économie pendant la crise (à raison de 120 euros de crédit pour 100 euros de dépôt). Mais face à l’accroissement des ratios de solvabilité exigés des banques, l’Europe occidentale pourrait être amenée à abandonner l’intermédiation bancaire au profit des marchés, alors que les capacités des Etats sont devenues limitées (tant sur le plan budgétaire que monétaire).